Monsieur le président,
Par ce courrier,
nous souhaitons vous interpeller sur plusieurs récentes interventions clairement
antisyndicales de la direction
. La fédération des syndicats SUD-Rail est opposée à la stratégie que
vous développez et qui organise notamment l’éclatement de l’entreprise de service public ferroviaire
qu’est la SNCF. Nous défendons les cheminot-e-s qui revendiquent de meilleurs salaires, des
conditions de travail moins pénibles. Cela amène parfois à des mouvements de grève.
Pour la fédération des syndicats SUD-Rail et ses militant-e-s, faire grève n’est pas un objectif en
soi, mais un des moyens d’action collective
. Il y en a bien d’autres et nous les utilisons aussi, … mais
il est vrai que la direction n’alerte pas les média, lorsque SUD-Rail remet une pétition, lorsque SUDRail
demande à être reçu pour évoquer une situation potentiellement conflictuelle et que la direction
refuse, lorsque SUD-Rail fait des contre-propositions et qu’elles sont dédaigneusement écartées…
Si la grève n’est qu’un des moyens d’action syndicale, pour la fédération des syndicats SUD-Rail
elle demeure un outil utile. Tellement utile pour les salarié-e-s, que les réactionnaires n’ont de cesse
d’en limiter le droit d’exercice !
Le choix de plusieurs directeurs d’établissement, ces dernières semaines, de «
refuser » des préavis de
grève déposés par SUD-Rail (souvent avec d’autres organisations syndicales) illustre cette politique
antisociale
. Sur ce point, nous rappelons qu’un jugement de Cour de Cassation a confirmé la
condamnation de la SNCF dans une affaire similaire, et qu’il ne revenait pas au patron de décider de
lui-même de la viabilité ou non d’un préavis lorsqu’il le conteste : il reste encore un minimum de droit
social en France, et les tribunaux sont donc compétents pour décider.
Malgré les entraves exercées par la direction SNCF, et bien que d’autres organisations syndicales
préfèrent agir pour les éviter ou les affaiblir, les grèves sont une réalité incontournable dans une société
basée sur les rapports de force entre classes sociales. Et nous sommes dans ce cas : non, nous ne
sommes pas tous «
dans le même bateau », et l’actuelle crise du système capitaliste renforce cette
situation.
D’autres organisations syndicales ont fait le choix de participer activement à votre démarche pour
«
simplifier la SNCF », que nous considérons être une démarche pour « simplifier la privatisation de la
SNCF
». Nous avons fait un choix inverse. Tout comme, nous refusions et avons organisé la lutte
contre l’externalisation de la Caisse de Retraite et de Prévoyance, puis contre la remise en cause de
notre régime de retraite
. Sans doute que cela ne vous plait pas, mais notre syndicalisme n’est pas fait
pour vous plaire ou ne pas vous plaire…
Cela étant, l’opposition de SUD-Rail à votre politique ne saurait justifier la haine déversée à
travers les média.
Rappelons que déjà le 21 novembre 2007, pour appuyer les fédérations qui
appelaient à cesser la grève menée afin de défendre la retraite des cheminot-e-s,
vous expliquiez aux
journalistes que SUD-Rail était mêlé aux incidents qui avaient eu lieu sur plusieurs lignes TGV
.
Plus d’un an après : aucune suite, mais ce qui vous importait était de lancer la rumeur.
L’attitude de la direction à propos de la grève menée depuis un mois par les agents de conduite de Paris
Saint Lazare est absolument scandaleuse. Cette action a été lancée par les sections syndicales SUDRail,
CGT, FO, FGAAC. Il se trouve qu’en cours de conflit, la CGT a négocié seule et signé seule un
accord … d’ailleurs rejeté par les grévistes, y compris les délégués CGT. Depuis, la grève se poursuit,
ce qui n’est pas une surprise puisque cet accord contient des propositions inférieures à celles qui ont
déclenché la grève. Mais il est normal que la direction essaie de faire ratifier des accords à moindre
coût pour elle, tant qu’elle trouve un syndicat pour le faire ! La suite est plus surprenante :
au cours de
la quatrième semaine, la direction de l’Etablissement donne rendez-vous pour le lendemain matin
aux représentants des grévistes pour une négociation ; bien évidemment, les représentants des
grévistes répondent positivement … mais le lendemain, le discours a changé, «
la fédération CGT est
intervenue auprès de la direction nationale SNCF pour qu’il n’y ait pas de négociation pouvant déboucher sur
autre chose que l’accord qu’elle a sign
é » …
Pourquoi ne pas avoir expliqué aux média, que c’est la direction SNCF et, selon les propos du
directeur d’établissement, la fédération CGT, qui refusent qu’il y ait des négociations avec les
agents de conduite en grève ?
SUD-Rail
La conférence de presse donnée par le Directeur Transilien, le jeudi 8 janvier, participe de cette
guérilla médiatique dans laquelle vous vous êtes lancés
. Depuis le 1er décembre, SUD-Rail avait
déposé une Demande de Concertation Immédiate concernant les aiguilleurs et les agents d’accueil de la
région Paris Saint Lazare. Le 30 décembre, pas la moindre proposition de la direction, ce qui nous a
amené à déposer le préavis de grève pour le 12 janvier, donc là encore largement au-delà des délais
légaux. Le 8 janvier, sans doute parce qu’elle a constaté qu’un très grand nombre d’aiguilleurs
(Exécution, Maîtrise et Cadres) avait déposé leur Déclaration Individuelle d’Intention de se mettre en
grève (100% dans plusieurs postes), que la direction faisait enfin des propositions.
Des Assemblées Générales étaient fixées au vendredi 9 à 13 heures, pour décider de la suite à donner
au vu des propositions faites. Et pendant ce temps-là, clairement
pour allumer le feu, M. Farandou
inondait la presse de propos anti SUD-Rail.
On se rappelle la dénonciation publique calomnieuse de
M. Mignauw alors titulaire de ce même poste de Directeur Transilien, à l’encontre des agents de
conduite de la ligne D (Paris Sud Est) en grève en décembre 2005 ; sans doute que
tenter de faire en
sorte que des affrontements entre grévistes et usagers aient lieu, fait partie de la fiche de poste de
Directeur Transilien ?
Toujours est-il que les aiguilleurs de Paris Saint Lazare ont pris acte des avancées faites avant
l’intervention de M. Farandou, et ont donné un mois de délai supplémentaire à la direction pour régler
les problèmes encore en suspens. Une nouvelle Demande de Concertation Immédiate a été déposée,
mettant en avant la date du 9 février :
un mois pour négocier, si la direction daigne le faire …
Evidemment, ce qui vous importe n’est pas seulement de calomnier SUD-Rail. Vous vous attaquez à la
fédération et aux syndicats SUD-Rail, parce qu’ils représentent le syndicalisme qui ne se soumet pas, le
syndicalisme qui demeure indépendant. Mais d’autres équipes syndicales portent ces valeurs, et vous
ne le supportez pas plus. C’est ainsi que
la direction régionale de Marseille s’est fendue d’un
communiqué de presse absolument scandaleux contre les agents de conduite grévistes de Nice et
ceux qui les soutiennent. On y «
apprend » que les agents de conduite ne travaillent que 6h30, ne
conduisent que 4 heures par jour, et la direction y traite publiquement les syndicalistes de menteurs
et d’hypocrites !
Tout cela n’est pas très joli, pour des gens qui ont du « dialogue social » plein la bouche … tant qu’il
s’agit seulement de multiplier les réunions pour expliquer la mise en oeuvre de projets non
négociables !
De la campagne anti-grévistes, on passe vite à une campagne anti-cheminots …
Lors de la grève contre la remise en cause du RH 0077 en novembre dernier,
vous aviez demandé que
les annonces écrites et orales dans les gares précisent bien qu’il y avait grève «
à l’appel du syndicat
SUD-Rail
» … le concept de la dénonciation publique s’élargit : ainsi le 31 décembre sur le réseau
Paris Nord, les annonces sonores et sur les tableaux d’information indiquaient «
en raison du nombre
élevé d’agents s’étant déclarés malades, un service allégé sera mis en place …
». On notera la délicatesse de
la formule « s’étant déclarés malades », comme si l’arrêt de travail décidé par un médecin était sujet à
discussion. Inutile de faire des commentaires sur le message transmis ainsi aux usagers : « les
cheminots sont des faignants, ils se font arrêter au lieu de conduire vos trains ».
Monsieur le président, vous avez besoin de casser la résistance des cheminot-e-s pour mettre en
oeuvre votre politique. Pour cela, vous voulez briser le syndicalisme qui refuse de se taire en
échange de moyens et de permanent-e-s syndicaux. Vous avez donc décidé une véritable guerre
sociale, et bien sûr cela se fait avec des méthodes peu ragoutantes, mais c’est inhérent à cette
politique.
Nous voulons juste vous dire que la fédération des syndicats SUD-Rail, ses syndicats, ses
militant-e-s, les milliers d’adhérent-e-s SUD-Rail ne laisseront pas faire sans réagir.
Nous ne tomberons pas non plus dans les provocations, et continuerons le syndicalisme que nous
pratiquons : autonome, démocratique, offensif, … et qui signe des accords lorsque nous considérons
que c’est utile
(seulement à la SNCF : mixité et égalité professionnelle, insertion des travailleurs
handicapés, formation professionnelle, etc.).
Ce syndicalisme qui refuse les compromissions n’est pas l’apanage des équipes SUD-Rail, et vous
devriez en être plus conscient. Des fédérations dénoncent ceux qui font grève, mais leurs équipes
locales restent fidèles aux décisions prises avec les cheminot-e-s, et la lutte se poursuit avec eux.
La
fédération des syndicats SUD-Rail regrette l’escalade dans l’affrontement que vous avez décidé, et
notamment sur le terrain médiatique. Mais cela ne remettra pas en cause nos convictions, la
volonté collective de les défendre, et la certitude que les cheminot-e-s sont aussi légitimes que les
patrons de la SNCF à vouloir peser sur l’avenir du service public ferroviaire et de la SNCF.
Veuillez agréer monsieur le président nos salutations syndicalistes.
Pour la fédération des syndicats SUD-Rail :
Christian Mahieux
Frédéric Michel
Fabio Ambrosio
Willy Wesnoker